Interview après ma 3e place à Campione

Si vous ne l’aviez pas déjà lue, voici l’interview parue sur madeInPoker.com suite à ma troisième place à l’EPT Campione :

Tout d’abord, comment te sens-tu 48h après cette finale ?

Fatigué… Les cinq journées de compétition ont été difficiles, riches en émotions et la finale a été particulièrement stressante. Ce qui est sûr, c’est que plus on va loin dans un tournoi, moins on dort… Donc c’est vrai que j’apprécie de me retrouver chez moi, à Londres, pour décompresser quelques jours. Sinon, je suis évidemment très heureux de ce résultat ; en terminant troisième d’un gros EPT, on est forcément déçu d’échouer si près du but mais objectivement, je suis satisfait et reconnaissant d’avoir été aussi loin. Et d’avoir pris un trés joli chèque au bout de la route ! [sourire]

La finale a été particulièrement longue (plus de 13h, le record) et d’un avis général, le niveau était très relevé. Peux-tu revenir sur les mains clés de ce tournoi ?

La première main à laquelle je pense immédiatement, c’est celle où je raise avec AK et où Busquet me revient dessus à tapis pour 17BB avec A5. Le fait que le 5 soit arrivé au flop a tout changé : si je gagne ce 70/30, je suis second en jetons à 3 joueurs left et j’ai un adversaire redoutable en moins à battre… Alors c’est vrai qu’ensuite, je fais le même coup avec A3 contre AK chez lui en 3-bet shove pour un peu plus de 23BB (je crois que les montants donnés sur le streaming n’étaient pas exacts). Le montant de mon tapis était un peu limite pour ce move mais comme Busquet n’arrêtait pas de relancer et qu’il commençait à sérieusement prendre l’ascendant, il fallait à un moment lui montrer une forme de résistance… Surtout à 4 left. Bon, je suis mal tombé mais voilà que je touche mon 3 à la river !

Mais ce n’est pas exactement œil pour œil avec le coup que je perds juste avant puisque nous restons à 4 joueurs et que je ne suis pas second en jetons… Et qu’ensuite, Busquet ne cessera de doubler à nouveau : il aurait d’ailleurs du bust deux fois mais bon c’est comme ça…

En tout cas, si je n’ai que peu de regrets, c’est aussi parce que je n’ai objectivement pas eu beaucoup de jeu avant ou post-flop pendant toute la TF : à l’exception des quelques mains (dont une couleur contre trips chez le hongrois), j’ai raté quasiment tous mes boards…

Alors que nous n’étions plus que trois, j’ai tout de même eu mais le coup s’est déroulé de la pire des façons. Busquet limpe 100k au bouton, ce qui est une première, le danois complête de SB et je relance pour 425k. Ils paient tous les deux et le flop arrive . Un cauchemar. Nous checkons tous et je décide d’abandonner quand le turn tombe, et que le danois mise sur une doublette du 10 qui ouvre aussi les piques. Ensuite, j’ai également relancé avec payé 2 fois mais le flop est venu X/X/X et Wrang a misé sur le valet au turn. Idem, j’ai choisi d’abandonner ce coup…

Quels sont les regrets que tu pourrais avoir suite à cette TF ?

Dans les coups que je regrette, il y a tout d’abord le 3-bet que j’effectue contre Wrang alors que nous sommes quatre. Il relance et je 3-bet pour 380k avec , ce à quoi il envoie tapis, me couvrant largement. C’était là peut-être une vraie erreur de ma part de raise sans pouvoir supporter sa relance ensuite puisque je savais qu’il me mettrait une pression max. En effet, le palier de 4 à 3 joueurs était important : 83 000 euros. Et je viens de doubler tandis que Busquet est très short… Toutes les conditions sont donc réunies pour que le danois, qui est un très bon joueur, me mette en position délicate. Il y a évidemment des chances pour que j’ai foldé la meilleure main et j’avoue avoir vraiment hésité avant de fold. Mais c’est vrai aussi que je ne voulais pas être éliminé à la quatrième place et que jouer un flip, ou même un 60/40, à ce stade ne me disait pas plus que ça. Il le savait. En bref, je n’aurais jamais du sur-relancer ce coup.

Sinon, en début de finale, j’ai payé quelques 3-bet hors position, ce que, à ce moment de la partie, je ne considère pas comme une erreur. C’est ma façon de voir les choses. C’est évidemment plus inconfortable, voire high variance ou high risk, mais avec mon jeu, certains spots peuvent être envisagés de cette manière…

J’ai entendu que sur certains forum ou sur les réseaux sociaux, des joueurs questionnaient mes moves ou certaines actions que j’ai pu faire, comme du min-check raise ou autre. Et c’est comme cela que j’aime jouer, en déroutant mes adversaires sans arrêt, en sortant des sentiers battus. Après, de nombreux éléments peuvent faire varier la position initiale, voire changer radicalement de bord en cours de main…

Je ne joue pas à la lettre comme dans les livres ; et j’aime cela ! D’ailleurs jouer standard, je ne sais même pas ce que ça veut dire car les théories sont sans cesse bousculées et changées : lisez un article stratégie d’il y a quelques années et il n’aura plus rien à voir avec un article de nos jours… Idem dans quelques années, des articles stratégie feront passer certains articles d’aujourd’hui pour de la nourriture à poissons ! Bien sûr, certaines théories, livres ou articles ne se démoderont pas et resterons très justes mais l’important, c’est qu’il n’y a pas réellement de vérité absolue au poker. C’est donc trés dangereux de vouloir juger un joueur sur quelques moves isolés.

En fait, j’aime avoir à la table des joueurs qui mathématiquement suivent systématiquement à la ligne la mode sans jamais sortir du cadre. Ou qui emploient trop souvent la phrase: “J’ai joué cette main comme cela, c’est standard quoi…” Il suffit de faire quelque chose de différent pour qu’ils perdent complêtement leurs marques et qu’ils vous traitent de fish parce qu’ils sont complètement perdus! Donc à tous ceux qui me disent qu’ils ne comprennent pas ce que je fais, je ne répondrais qu’une chose : tant mieux ! [éclats de rire] De toute façon, chaque joueur a ses défauts et ses qualités et je pense que le plus important est d’être en phase avec soi même et de trouver un style de jeu qui nous convient.

Toutefois j’ai 42 ans, et même si je pense en avoir beaucoup vu au poker, il ne cesse de m’apprendre. Mon jeu a encore beaucoup évolué ces dernières années et j’ai énormément progressé, surtout au niveau de la force mentale. C’est bien beau d’être assis chez soi pour regarder une table finale. Mais la jouer, avec la pression de l’argent, du titre, des projecteurs, des interviews, des caméras et du regard des autres, c’est autre chose. Il y a un moment où tout se joue dans la tête..

Par exemple, le hongrois à ma gauche était très fort : aussi difficile à lire qu’à jouer. Mais son dernier coup montre qu’il a craqué : il était furieux en allant chercher son chèque et il y avait de quoi puisqu’il s’est suicidé à la quatrième place en faisant un move qu’il n’aurait jamais fait dans d’autres circonstances. Idem pour l’allemand qui après seulement quelques heures de jeu, push all in 55BB avec AQ contre Wrang (qui avait 3-bet pour 5BB le min-raise initial de l’allemand) et qui paie avec QQ. A ce moment là, nous avions pourtant énormément de profondeur et ce coup n’est probablement le reflet que d’un mouvement de panique. La pression et le manque de sommeil ne sont vraiment pas faciles à gérer…

Justement, comment as-tu géré la pression pendant et avant le tournoi ?

C’est là que le soutien des proches est très important. Je vais d’ailleurs en profiter pour remercier Claire, Alex, ElkY, Cathy, Eugene, Yann et Antonin qui on eu la gentillesse de rester de longues heures à mes côtés pour me soutenir moralement, et ce, même s’il n’y avait pas de gradins et que l’on ne voyait donc pas bien la TF. Le fait de savoir que des gens sont dans le rail et croient en vous, c’est vraiment d’une aide précieuse : ils servent de soupape et de moteur !

Mais étrangement, je n’ai pas eu l’impression d’être affreusement stressé dans cette finale comme j’avais pu, par exemple, l’être à Partouche. J’étais en effet déjà très content d’être là car j’aurais pu sauter avant avec AT contre QQ à 40 joueurs left. Donc c’est vrai que j’étais déjà reconnaissant d’être arrivé jusque là ! Il faut tellement de chance pour gagner un tournoi de cette envergure, c’est juste hallucinant… Et je dois dire que vraiment, cette fois, je n’ai pas eu à me plaindre. C’est vrai que je n’ai pas eu beaucoup de jeu en finale, mais j’ai pourtant éliminé Koen qui était short avec contre et lors du Day 3, j’ai craqué les as d’un short stack avec KQ! Le coup du 3 river, c’est pareil. Je n’avais jamais gagné à tapis un 30/70 dans une finale de tournoi majeur et je whinais pas mal là-dessus. Maintenant, je n’ai plus le droit de me plaindre que ça n’arrive qu’aux autres ! [rires]

Et je ne peux résister à l’envie de vous recommander cette petite vidéo de deux minutes réalisée à Monaco et qui regroupe pas moins de 40 collègues du circuit qui jouent la comédie ! A voir absolument !

Et maintenant, rendez-vous à Las Vegas dès fin mai où je serais motivé comme jamais pour gagner un deuxième bracelet !

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Les autres facettes du métier de joueur pro

Il n’y a pas que les flips, les bad run et les cartes dans la vie : et encore heureux ! On dirait qu’il m’est impossible de gagner un peu d’argent au poker depuis mon bracelet et ma 3e place à l’EPIC… Alors je me consacre plus volontiers à d’autres facettes du métier de joueur de poker, histoire de me changer les idées et surtout, de me lancer dans d’autres activités qui me plaisent.

J’ai en effet repris les rênes de MadeInPoker il y a quelques semaines et nous travaillons sur de nouvelles idées, de nouveaux partenariats. L’équipe de rédaction de MIP est formidable et bourrée de talent : David Poulenard et Claire Renaut pour les articles et les news, Jules Pochy et Guillaume Carron (HoldemPix.com) pour la photo et les vidéos, et Steven Liardeaux pour les coverages et les interviews, l’équipe va s’agrandir bientôt et cela promet de bons moments boulot et poker en perspective…

C’est une chance de pouvoir travailler avec des proches. Ce n’est pas toujours facile de distinguer le discours pro du discours personnel mais au final je me dis que j’ai beaucoup de chance de travailler avec ces personnes qui sont aussi des amis.

L’aventure JAQK est elle aussi une histoire d’amitié. Une belle brochette de potes bourrés de talent et qui ont débarqué sur le marché du vêtement poker avec succès. Je suis naturellement fier d’être leur ambassadeur et de travailler à leurs côtés en tant que consultant : les fringues sont classes, pratiques et parfaitement adaptées aux besoins des joueurs. C’est super intéressant de les aider à trouver ce qui va être le plus pratique et confortable pour les joueurs de poker tout en travaillant sur l’identité de la marque.

Un petit détour par Mazagan juste après Venise... Mais toujours pas de résultat !

De toute façon, il me serait impossible de m’engager dans un business auquel je ne crois pas. C’est par exemple aussi pour cela que je travaille étroitement avec la carte Aces Club player card et l’équipe de Poker Finder (une appli que je trouve vraiment formidable). Il s’agit d’une Mastercard avec plein d’avantages, qui permet aux joueurs de verser de l’argent sur un compte séparé de leur compte courant pour ensuite librement le retirer ou même le transférer à un autre joueur. Elle offre aussi le confort de ne plus se déplacer avec du cash pour partir jouer au poker à l’étranger. Un très bel outil pour les joueurs de poker. Je tire mon chapeau à cette équipe pour son sérieux et surtout pour avoir su rester réellement à l’écoute des besoins des joueurs.

Et enfin, je n’ai même pas encore mentionné mon rôle de consultant chez Everest ! La boite a été quelque peu chamboulée ces derniers temps, empêchant tout le monde de se consacrer pleinement à l’offre poker. Sauf que voilà, les supers équipes sont désormais bel et bien en place et j’ai eu le plaisir de passer quelques jours avec elles pour travailler à Boston. De vrais beaux changements sur la room sont prévus dans les semaines à venir : j’ai aussi hâte que vous !

Ceci étant dit, je vous rassure quand même, je n’ai pas l’intention de me poster dans les mois à venir derrière un bureau à gérer des feuilles de compta et des bilans prévisionnels à la chaine. Je suis un joueur de poker et joueur je resterais, c’est dans ma nature et il est des choses qui ne changent jamais. En revanche, j’en profite pour rappeler ici que le poker n’est jamais un long fleuve tranquille et qu’il peut être agréable de porter un gilet de sauvetage qui s’appelle “sécurité de l’emploi”.

Je ne dis évidemment pas qu’il ne faut pas persévérer dans sa passion et se donner tous les moyens de réussir dans sa voie, je dis juste qu’il peut être bon aussi de garder une source de revenus à côté, permettant d’amortir certains méchants downswings liés à la profession. Je vois trop de jeunes qui arrêtent leurs études prématurément, pensant pouvoir devenir riche avec le poker et je dois dire que je n’aime pas trop cette idée …

J’ai récemment lu le blog de mon ami Antony Lellouche et ça n’a fait qu’appuyer mon propos. Antony est probablement l’un des meilleurs joueurs de cash game que je connaisse et pourtant, ses swings font froid dans le dos (-400k euros en quelques semaines…). Antony a des années de poker derrière lui et il arrive malgré tout à garder la tête froide, mais je n’encouragerais jamais personne à se lancer entièrement dans le poker en laissant une forme de “vie normale” derrière lui. Ce serait de la folie ; le métier est bien trop difficile.

Après, là où je mets le bémol à mon discours, c’est quand on parle des grindeurs online qui passent leur journée sur internet et dont le volume de jeu ainsi que la gestion aigüe de bankroll amortit quelque peu la variance. C’est sur que si l’on arrive à se fixer des limites dans les horaires et que l’on prend le grind online comme un travail de bureau, le poker peut fournir des résultats réguliers. Mais le piège inverse est alors de passer trop de temps devant l’écran et de ne pas arriver à se discipliner pour faire autre chose. Je connais des grindeurs qui dorment 8h par nuit et jouent le reste du temps… Au final ou est le rêve et la liberté ? Cela devient un métier très très chiant !  A quoi bon avoir de l’argent quand on n’a pas de temps pour en profiter ?

Je plaisante et grossit volontairement un peu le trait, mais je pense tout de même qu’il est également très important, pour être un bon joueur de poker, de ne pas faire que jouer et de voir d’autres horizons. C’est pour cela aussi que j’aime avoir d’autres activités en parallèle ; ça m’aère l’esprit, me fait penser à d’autres choses et fait fonctionner des parties du cerveau que le poker laisse endormies. L’imagination ou la créativité, par exemple…

En bref, jouez au poker mais ne faites pas que ça ! Parce qu’en période de bad run, si vous n’avez que le poker, vous n’aurez rien à côté pour vous changer les idées ! Allez, je vous laisse, il est temps que j’aille buster de mes prochains tournois, dont le Los Angeles Poker Classic et le WPT Bay 101 où je suis bounty ! (ça promet d’être rapide)

PS : En effet, je me suis assis dans le LAPC, j’ai ouvert les As, suis parti à tapis contre KK en face et un roi est venu river… Out.

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2011 est terminée, vive 2012 !

Quand ça veut pas… Il est des jours, des semaines, voire des mois où rien au poker ne passe. Pas un coup, pas une main : votre stack ne dépasse jamais son montant initial. Ou alors, quand c’est le cas, les jetons s’envolent ensuite rapidement chez votre voisin : vous avez passé 3 ou quatre heures à grinder sévère pour vous prendre un énorme set up et sauter en une seule main. C’est aussi cela le poker, il faut arriver à l’accepter et rester fort, sinon c’est la glissade.

Il est important de lutter, de garder ses marques et ne pas perdre les pédales, ce qui est la partie la plus difficile d’un bad run. Cela fait en effet plus de trois mois que je n’ai pas réussi à faire un seul cash en plus de 20 tournois…

C’est ainsi que par exemple, lors de l’EPT Prague, je me suis assis et j’ai perdu consécutivement  KK, QQ, AA et AK, à chaque fois dans des coups inévitables et dans lesquels je n’ai pas grand chose à me reprocher : qu’importe la façon dont j’aurais joué les mains, très souvent je devais perdre.

Par exemple voici l’un de ces coups un peu casse tête: en début de l’EPT, avec un tapis de 30.000, j’ouvre KK rouges. Je relance à 250 en middle position, le bouton call, le big blind 3 bet à 900. Je fais 2250, le B passe et le BB fait 7000. Ouch ! C’est très cher en début de tournoi, je pense même à passer, puis me souviens que certains de ces joueurs qualifiés pour les EPT via les satellites, ont tendance à surjouer leurs mains… Bref je paye pour réévaluer au flop. Le flop As carreau, dame de carreau et un 5. Mon adversaire mise un montant ridiculement bas. 1750 dans un pot de 14.000 ! Deux solutions, il déteste ce flop ou bien il l’adore et il veut me garder. Je paie. Le turn est un troisième carreau, le Valet, qui me donne un joli tirage quinte flush royale. Mon adversaire mise 4500 dans 17.500, il me donne une magnifique cote,  je paie. La river est, je vous le donne en mille, un roi de pique et là, mon adversaire checke. Je décide de checker aussi après quelques secondes de réflexion et il ouvre AA pour un brelan floppé… Difficile de perdre moins (enfin si, sauf vous décidez de fold au flop) quand chaque street vous pousse à rester dans le coup.

Bref, un grand nombre de mains difficiles à jouer : set ups, tirages manqués à la pelle, flop ratés etc… Et comme je le disais, dans ces moments là, il est difficile de garder son meilleur jeu. C’est le cercle vicieux du bad run : difficile de jouer son A-game quand on ne se sent pas en confiance. Il y a par exemple, dans ces moments là, des spots où l’on se dit qu’il y a de fortes chances pour que son adversaire bluffe mais où l’on n’ose pas raise. Ca m’arrive peu souvent (la plupart du temps, je me fais violence pour prendre ce que je pense être la bonne décision) mais ça m’arrive. Je ne m’explique pas vraiment ces cycles, il parait que c’est juste mathématique : la loi des séries.

Un point positif ces trois derniers mois a été les voyages sympathiques que j’ai fait : Brésil, Amsterdam, Tanger, Londres, Las Vegas, Prague, St Martin… Des destinations touristiques différentes avec chacune leurs points forts. C’est ainsi par exemple que j’ai vraiment profité de ma semaine à St Martin, où je suis parti avec mon pote d’enfance Jules (le réalisateur-photographe de MadeInPoker), son amie et Claire. Nous avons écumé les plages de cette ile magnifique, fait un petit détour par St Barth, visité l’intérieur des terres, bu des cocktails au soleil couchant face à la mer et joué, le soir venu, au casino situé juste en face de l’hôtel…

Plage la journée et poker le soir : le paradis...

De même, le séjour à Prague aura été des plus agréables, avec en point d’orgue la 3e place de Nico Lévi lors de l’EPT ; c’est toujours tellement magique de voir un pote aller loin dans un tournoi ! Ca remonte le moral par procuration et ça rappelle pourquoi on joue. C’est dans ces moments là que je me dis que de toute façon, j’aime ma vie et que les cartes reviendront. Après tout, ça fait plus de 20 ans que je joue et ça a toujours été le cas.

Et puis un bad run il y a 10 ans, ça n’avait rien à voir avec bad run aujourd’hui. Avoir la chance d’être un joueur sponsorisé (Everest Poker) change évidemment toute la donne ; s’il m’était arrivé d’être très affecté financièrement il y a quelques années par une mauvaise série de tournois, c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.

Bon, là je vous vois, vous vous dites « Il est bien gentil le Fabsoul mais il a fait sa meilleure année et trois mois de bad run, c’est que dalle ». Et je ne peux rien répondre si ce n’est que vous avez raison mais qu’on ne change pas sa nature : je suis depuis toujours un effroyable perdant, ce qui est très difficile à vivre au quotidien dans une discipline (joueur de tournois) où l’on perd si souvent…

En même temps, j’ai pas mal travaillé sur moi ; il y a dix ans, quand je bustais, j’ai le souvenir d’avoir envoyé valser des chaises dans des rooms, ou d’avoir plusieurs fois imprimé l’empreinte de mon poing dans des murs ou des portes… (Quand je vous disais que je partais de loin…) Désormais, quand je bust, je me force toujours à marmonner un mot propre et poli à mes adversaires.

Quoiqu’il en soit, je viens d’arriver à Las Vegas pour jouer l’avant dernier tournoi de l’EPIC League  mais je n’ai évidemment pas réussi à faire Day 2… Dommage, je serais bien retourné en TF comme la dernière fois pour une belle troisième place à nouveau ! En même temps, pour me consoler, je n’avais qu’à ouvrir les yeux dans ma suite-penthouse de 150m carrés au dernier étage du Palms, ça aide ! De même, j’ai ensuite fait un retour aux sources, avec mes parties de cash préférées ; les mixed games limit dans la poker room du Bellagio. Pas de 150/300 ou 200/400 en ce moment, mais des tables plus petites à 40/80 ou 80/160 sympas ou je prends toujours beaucoup de plaisir à jouer (j’ai tendance à terriblement m’ennuyer en cash NLHE), ceci tenant également au fait que je ne peux jouer en mixed games nulle part ailleurs dans le monde (ou presque). Du coup, j’y ai pris une vengeance bien sympathique sur mes trois derniers mois de tournoi !

Une magnifique suite penthouse de 150m2 au dernier étage du Palms...

Je ne sais pas ce que la vie me réserve encore mais je viens d’assister à la cérémonie donnée en l’honneur de Doyle Brunson pour l’ouverture de cette édition de l’EPIC et non seulement les discours de ses proches étaient particulièrement émouvants (mention spéciale à Barry Greenstein et Jennifer Harman) mais il flottait dans la pièce un rare sentiment de respect général. Tous les joueurs actuels affichent en effet un réel respect pour Doyle, qui, à presque 80 ans et après maints obstacles, tient toujours debout et continue à se battre, que ce soit aux tables ou en dehors.

Et c’est finalement tout ce que je me souhaite une fois parvenu à cet âge canonique : une vie bien remplie, de nombreux moments de bonheur, de beaux résultats pendant encore des années et jusqu’au bout, d’autres projets en dehors du poker (je vous en parlerais plus longuement dans un prochain billet), et à l’heure du bilan, un sentiment général de fierté. Et c’est exactement ce que je vous souhaite à vous aussi pour cette nouvelle année 2012 !

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Objectif Lune !

Dans la vie, il faut savoir se fixer des objectifs. Comment sinon savoir dans quelle direction aller et ensuite garder le cap pour mener le bateau à bon port ? Il arrive souvent que l’on s’arrête sur la route, ou que l’on ne puisse pas arriver à la destination rêvée mais l’essentiel est de garder un idéal raisonnable en tête.

C’est pour cela que lorsque mon année poker 2011 a débuté, j’avais décidé que ma destination serait « top 10 mondial ». Rien que ça. J’avoue que je n’y croyais qu’à moitié et que je me serais contenté de moins bien. Mais c’est arrivé.

En effet, après la gagne du Horse Championship aux WSOP, la 3e place au Partouche et à l’EPIC, et quelques jolies places aux EPT entres autres, je me suis retrouvé propulsé depuis plus de 4 mois dans ce fameux top 10 mondial (j’étais même en 3eme place début juillet dans le Global Poker Index de l’EPIC poker League) qui prend en compte les résultats des 3 dernières années. Quelle fierté et quel bonheur que d’être exactement là où on a envie d’être !

Même si, je ne suis resté top 3 que quelques semaines, puisque la tête du classement est en ce moment occupée par les intouchables: Seidel, ElkY ou Jason Mercier, qui forment, plus qu’un podium, une sorte de sainte trinité invincible du poker en tournoi, je ne perds pas espoir d’y revenir et de monter même plus haut, pourquoi pas !

Le classement étant mis à jour en permanence en fonction des résultats sur les 36 mois précédents, il va me falloir faire une grosse perf’ très prochainement pour pouvoir y rester, ce que je compte bien faire dans les prochains mois !

Malheureusement, mes derniers tournois ont été une succession de coups du diable et autres set up qui font que même faire ITM me semble être un objectif inaccessible… Les seuls coups que je gagne sont les conséquences soit d’un bluff, soit d’un bluff catch. Je ne peux jamais value puisque je n’ai jamais la meilleure main… Pas facile de se battre dans ces conditions.

Mes proches me disent souvent « Arrête de whine, vu ce que tu as gagné récemment » mais mes précédents gains ne calment pas mon envie de gagner et pas du tout ma colère de sauter d’un tournoi sur un bad beat ou un gros set up.

J’étais par exemple le week-end dernier à Tanger, pour tester le Poker Million, et j’ai sauté dans un pot énorme avec KK sur K8T tricolore face à QQ qui fait runner-runner quinte… De quoi avoir envie de plonger tout habillé en pleine nuit dans la mer juste en face de l’hôtel…

Visite des remparts de Tanger le lendemain de mon élimination du tournoi

C’était la première fois que je venais à Tanger (dont la Kasbah et le souk sont plutôt sympas à visiter) et j’ai apprécié de sortir du vol d’Amsterdam pour me retrouver direct sous un soleil à 25°… Petite parenthèse sur la Venise du Nord et son Master Classics : beau tournoi à 5000 euros, field plus aggro et difficile qu’un EPT (merci les petits jeunes venus des pays nordiques tous proches), structure rapide mais agréable en revanche règlement parfois absurde…

Le Casino d'Amsterdam, évidemment situé au bord d'un canal !

C’est ainsi par exemple qu’un joueur a demandé dans un très gros pot à spread le pot afin d’évaluer le nombre de jetons qu’il contenait. Ce à quoi le croupier à répondu « Je n’ai pas le droit ». « Comment ça vous pouvez pas étaler le pot pour que je puisse voir combien il y a dedans? » « C’est la rêgle ». Nous étions tous perplexes à la table quand le floor est arrivé et nous a finalement dit « qu’on pouvait spread un peu le pot mais pas trop ». Jolie réponse! Merci pour la précision. De même, on connait tous le coup de la ligne : tes jetons dépassent, même encore en main, et ils sont perdus pour toujours, malgré toute ta bonne foi. Pas de redraw pour le day 2 ! Et il y en a beaucoup d’autres…

Si j’avais une critique à faire, c’est donc sur ce point que je la ferais : la rigueur nordique ça a du bon, sauf quand les règles sont mauvaises… Et c’est sans compter que faire intervenir un peu de bon sens dans le règlement, c’est pas mal non plus… Quoiqu’il en soit, j’ai sauté à 10 places de l’argent après m’être battu short stack pendant des heures ; that’s poker !

Pour revenir sous le soleil de Tanger, je dirais que j’ai apprécié l’organisation et le tournoi en lui-même, tout comme l’accueil qui nous a été fait. En revanche, quelle difficulté que d’attaquer un tournoi à 22h30 ! J’avais l’impression d’être revenu au début des années 2000, dans les cercles, desquels je sortais au petit matin… Il faut dire que l’ambiance (survoltée, bavarde et enflammée) y fait aussi beaucoup…

On s’habitue rapidement, en tant que joueur pro, au confort. Et c’est vrai que les horaires de « bureau » (jouer de midi à 21h) sont très appréciables… Ca permet au moins de ne pas complètement vivre à l’envers. Et d’avoir l’air en meilleure santé. Récemment, j’ai croisé de vieilles connaissances que je n’avais pas vues depuis une dizaine d’années et qui m’ont dit que j’avais l’air d’avoir rajeuni. Tu m’étonnes, à l’époque, ma peau était vert pâle : je ne voyais jamais le soleil !

Et à propos de soleil, j’attends avec enthousiasme le prochain St Martin Open qui allie les plages de sable fin des Caraïbes et des petits tournois fort sympathiques qui te donnent l’impression de jouer en vacances ! Parce qu’ensuite ce sera Prague, et que malgré la beauté des events qui m’y attendent (EPT et WPT) et de la ville en elle-même, ça ne sera pas la même ambiance…

Pourvu donc que la chance soit au rendez-vous, que ce soit par 30° à l’ombre ou -5° au soleil !

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Malte, Londres puis Cannes !

Les mois se suivent et ne se ressemblent décidément pas… Alors que je viens de réaliser le meilleur été poker de ma carrière avec le bracelet WSOP et la troisième place à l’EPIC à Las Vegas, je viens de signer un très mauvais mois et une difficile rentrée poker…

J’ai participé à une bonne quinzaine de tournois, sans jamais avoir pu ne serait-ce qu’approcher l’idée de faire ITM. J’ai sauté dans la plupart des events avant même d’avoir fait le Day 2 ou même le diner break.

En effet, j’avais décidé de battre le fer tant qu’il était chaud et donc, de m’offrir un programme aussi réjouissant que chargé : PPT Cannes, WPT Malte, EPT Londres et WSOP Europe. Et bien entendu, il n’est pas question uniquement des Main Events puisque j’étais également inscrit dans de nombreux side events. Pour résumer : à la question « Qu’est ce que tu vas jouer comme events WSOPE ? », je répondais « tous ». Soit 7 events au total pour un gain final de zéro. Même pas un min-cash… Rien de grave, ça arrive, oui, mais c’est décevant. J’avais une profonde envie de bien figurer dans cette compétition sur la Croisette.

En tout cas, après le PPT et ces WSOPe 2011, c’est indéniable, Cannes est l’une des grandes capitales du poker, et il suffirait que les lois françaises (sur le montant des relances par exemple qui doit être obligatoirement du double de la mise précédente) et le rake en cash game (qui devrait être ajusté) pour que Cannes devienne LA capitale mondiale du poker. Tout y est réuni pour cela ! Etre à Cannes, pour nous les joueurs de poker, c’est: déjeuner en bord de mer au soleil du midi, puis tournoi en fin de journée, un rêve…

Déjeuner en bord de mer avec l'équipe Jaqk, une super marque de vêtements dont je suis le fier ambassadeur !

Pour en revenir à mes résultats, on me dit souvent que je n’ai pas vraiment le droit de me plaindre après l’été que j’ai passé mais je crois que, de façon générale, les joueurs de poker ont la mémoire courte. En effet, rien ne sert même de s’asseoir à une table si on n’a pas la volonté de gagner. Même après une belle gagne, la rage de vaincre ne change pas et les claques sont toujours aussi violentes. Surtout si elles sont à répétition. A chaque fois, un tournoi en chasse un autre, un bad beat fait oublier le précédent et chaque jour débute sur un nouveau challenge à accomplir. Comme s’il ne s’était rien passé la veille…

Il est difficile d’enchainer les mauvaises rencontres et les suck out et ce, même si un mois auparavant, on runnait good. Sur le moment, seul reste le goût de l’amertume et des défaites qui s’enchainent. Et oui, en effet, j’étais plutôt déprimé d’avoir enchainé des contre-perf’ et de constater que, je ne pouvais pas affronter les vents contraires. J’ai enchainé des tournois où systématiquement, mes adversaires floppaient les nuts quand j’étais dans un gros coup contre eux.

J’ai floppé plusieurs fois set over set, raté de multiples combo-draw dans des pots gigantesques, fait des rencontres désagréables dans lesquelles je n’avais jamais la meilleure main, même en floppant top two, après avoir été card dead pendant des heures et des heures ; bref, j’étais pieds et poings liés dans des tournois qui affichaient, comme pour me narguer, des prizepool magnifiques (1,4 millions d’euros pour le vainqueur du WSOPE Main Event!)

En fait, je me demande s’il n’est pas plus difficile de rater ses tournois à la chaine quand on vient de gagner gros que de les rater en n’ayant pas fait de très beau résultat depuis longtemps (attention, je parle d’enchainer des résultats moyens, pas d’absence de résultat sur le long terme, ce qui est indiscutablement le pire qui puisse arriver à un pro). Cette idée peut sembler un peu provocatrice mais quand on y réfléchit, gouter à la victoire est tellement bon qu’on a du mal à s’en passer ensuite.

Un homme n’ayant jamais goûté à un moelleux au chocolat fait maison pourra se contenter toute sa vie de manger des cookies super U sans en souffrir outre mesure… Pardon pour cette métaphore pas très fine mais c’est un peu comme ça que je me sens : plus haut le moral grimpe, plus dure est la chute.

Bref, après les belles perfs de l’été, je suis tout simplement redescendu sur terre, de nouveau confronté à la cruauté et la violence de ce jeu qui nous fait parfois passer par des moments de gloire, de fierté, le tout accompagné parfois d’un gros chèque, à des moments de doute et de remise en question où plus rien ne marche.

Après, ça ne m’empêche évidemment pas de voir la situation telle qu’elle est : j’ai énormément de chance et ce, à tous les points de vue. Je crois d’ailleurs que si je pouvais changer quelque chose dans ma vie, il est probable que je n’y changerais pas grand chose !

Mais en attendant de reprendre la compétition, je vais tout de même faire un petit break de deux semaines pour recharger mes batteries, me remettre en forme physiquement et mentalement, avant de revenir pour les tournois d’Amsterdam, St Martin et Prague en novembre et décembre. Des destinations fort sympathiques avec, je l’espère, la réussite au rendez-vous !

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Une performance “EPIC” !

Après quelques semaines passées sous le soleil du Brésil, le temps était venu de reprendre la route du grind. Finies les vacances, la rentrée poker approchait, m’offrant un choix cornélien : le WPT Paris dans le fameux cercle parisien de l’Aviation, ou la deuxième étape de l’EPIC Poker League à Las Vegas, la mecque du poker.

Malgré l’affection particulière que j’ai pour le club des Champs-Elysées, j’ai finalement décidé d’aller tester et soutenir la nouvelle formule proposée par Annie Duke l’Epic Poker League. En effet, le slogan de cette ligue : « Les joueurs d’abord ! » et le concept avaient de quoi séduire puisque la League offre la possibilité à plus de 200 joueurs choisis en fonction de leurs performances de participer à un tournoi à 20 000$ sans rake, avec hôtellerie et restauration offerte avec en bonus 400 000$ rajoutés au prize pool par l’organisation.

De même, à la fin de l’année et suite à un classement à points, les 27 meilleurs joueurs de l’année se voient offrir un freeroll à 1 million Bref, face à de tels arguments, et même si ce tournoi rassemble tous les meilleurs joueurs du moment, il me paraissait évident que je ne pouvais pas refuser cette opportunité!

J’ai donc pris l’avion quelques jours avant de début des hostilités afin de pouvoir récupérer un peu du redoutable jet lag imposé par Sin City et ses 9h de décalage avec la France. Il peut sembler du coup un peu dingue de partir à Vegas seulement pour une semaine ; ce qui explique d’ailleurs que peu d’européens n’aient fait le déplacement. Il faut dire aussi que l’offre de tournoi en Europe était plutôt sympathique au même moment…

Mes seuls compatriotes tricolores ont donc été Nicolas Levi et sa compagne Emilie, qui se trouvaient tous deux déjà aux USA avant l’EPIC. Et je tiens tout particulièrement à les remercier pour leur incroyable soutien tout du long puisqu’ils auront même déplacé leur billet d’avion afin de venir me soutenir en finale !

Nous nous sommes fait un devoir de dépenser scrupuleusement les coupons restos offerts quotidiennement aux joueurs en testant tous les bons restos du Palms un à un à chaque diner break. Très sympa ! (mais du coup, bad beat, mon pantalon ne ferme plus…)

Pour être qualifié dans le classement final de la League, il faut avoir participé au moins une fois par an aux trois types de tournois proposés à chaque session : un Charity, un Pro/am et un Main. J’ai donc décidé de jouer les trois à la suite avec plus ou moins de réussite.

Dans le Charity (un 100 rebuy), j’étais assis à côté d’Eric Seidel avec qui j’ai pas mal discuté. Nous parlions donc de tout sauf du poker quand nous avons eu à participer à un sympathique quizz de rapidité : deux questions posées à tous les participants pour gagner deux super casques audio dernier cri. « Qui est le premier gagnant WPT ? » « Gus Hansen » (un casque pour moi) « De qui est l’expression one chip one chair ? » « Jack Straus » (un casque pour lui). Good run vous avez dit ?

Et de façon étrange, Eric et moi seront très souvent à la même table, et ce, jusqu’en finale du Main Event. Mais je reviens là-dessus plus tard. En tout cas, Eric mérite largement d’être le plus grand gagnant de tous les temps en tournoi ; outre ses qualités humaines, il est techniquement absolument redoutable et surtout, il reste en permanence en pleine maitrise de lui-même. Il est définitivement à mes yeux un des plus grands joueurs que je n’ai jamais rencontrés.

Revenons à la League. Nous devions également participer à un tournoi pro/am qui est le seul moyen pour un joueur ne faisant pas partie des 200 joueurs présélectionnés de participer au Main Event à 20 000$ (il est impossible de se buy-in directement). Cinq joueurs ont donc gagné leur ticket pour ce magnifique tournoi avec 400 000$ d’added prize pool, montant à 97 le nombre total de participants.

Pour résumer : je n’ai jamais joué un tournoi plus difficile que celui-ci. Quand j’étais en demi-finale, j’ai regardé les joueurs autour de moi et je n’y ai pas vu une seule ombre de dead money. Rien. Aucun joueur ne faisait d’erreur ; on y a joué un vrai poker d’économie. Celui où le bluff, rare et précis, prend tout son sens et où le but est d’arriver à perdre le moins possible avec la main perdante et gagner le plus possible avec la main gagnante. Tout est question de petits pots précis et de montants ajustés. Aucun joueur n’est sorti du rail ; pas une fois ou alors il est vite sorti du tournoi aussi… Et quand on sait qu’en plus nous étions deep, la structure était très belle, on devine le nombre d’heures interminables que nous avons passées à la table…

Personne ne voulait rien lâcher, surtout à la bulle à 12 joueurs. Il faut dire que 45 000$, c’est une somme, même pour un joueur pro qui a déjà des millions au compteur ; l’atmosphère était plus tendue que le string des hôtesses autour de la table. Mais finalement, c’est l’excellent américain Allen Bari qui s’est dévoué pour perdre deux méchants coups d’affilée, nous libérant quelque peu d’un poids conséquent sur les épaules.

Mais le plus dur était encore à venir : la finale a été interminable. Il ne s’écoulait pas moins de deux ou trois heures entre chaque éliminations et nous avons dû jouer pas moins de 12h pour avoir le nom du gagnant. Je suis sorti de cette finale complètement lessivé au sens propre : j’étais passé dans une machine à laver. Dur dur en effet de rester concentré, avec ses sens aiguisés au maximum pendant des heures avec un organisme en décalage horaire…

Mais j’ai tenu bon. Pendant les 4 ou 5 premières heures de la finale, j’ai aisément dominé la table. Non pas que je me la raconte mais c’est la réalité : je me sentais bien, à l’aise, je ne prenais que les bonnes décisions et je gagnais assez facilement tous les coups dans lesquels j’entrais. Un bon mélange de réussite et de maitrise. Sauf que les bonnes choses ont toujours une fin : les choses ont changé quand j’ai perdu un 80/20 contre Mike Mc Donald à tapis avec TT chez moi contre 44 chez lui.

Si je gagne ce pot, j’ai près de 2/3 des jetons en circulation et franchement, je pense que je prends une sérieuse option sur la victoire. Mais je perds le coup et reperds un autre gros flip quelques mains plus tard contre ce même joueur (qui sera le vainqueur du tournoi) pour finalement me retrouver avec un stack moyen puis short vers la fin.

Comme je le disais, la finale a été une interminable succession de « je te gratte 100k », « je te redonne 120k », « je minraise et je min c-bet » et autres petits coups faisant durer la chose infiniment longtemps. J’ai finalement éliminé Nam Le sur un flip à la 5e place puis Eric Seidel à la 4e sur un 80/20 mais, quelques heures plus tard, je serais éliminé à la 3e place après avoir poussé mon tapis de SB avec AhTh pour être payé par Mc Donald (encore lui) avec AQ de BB.

Au final, je suis ravi de cette parenthèse végassienne. Outre le joli chèque final, je suis plutôt très satisfait de mon jeu. J’ai fait quelques erreurs quand même, dont une en payant avec hauteur as un adversaire qui avait les nuts (main polarisée standard) mais dans l’ensemble je suis assez content de mon boulot. Ce tournoi m’a poussé à jouer le mieux possible tout en me forçant à rester concentré des heures durant ; un vrai marathon au milieu d’adversaires de taille et qui m’ont vraiment tiré vers le haut.

Il ne fait donc nul doute que je reviendrais à Vegas pour participer à une autre épreuve de l’EPIC… Mais en attendant, direction le soleil de Malte pour le WPT, après celui de Cannes où je viens de jouer le Partouche Poker Tour. Je tiens à remercier particulièrement l’équipe du PPT qui, en restant bien à l’écoute des joueurs, améliore d’année en année ce très beau festival poker de la rentrée devenu aujourd’hui incontournable ! Puis ce sera à nouveau la Côte d’Azur et Cannes en octobre, pour les WSOP Europe, l’un des moments très attendus de cette rentrée 2011.
Le poker de compétition (tournoi) a, semble-t-il, de très beaux jours devant lui !

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Wowow ! Champion du monde de HORSE 2011 !!!

C’est le moment que je redoutais : tenter de mettre sur papier les émotions ressenties quand un rêve devient réalité sans rentrer dans des clichés mielleux et faciles. Parce qu’il faut bien dire que je vais avoir du mal à ne pas employer les mots « émotions », « joie immense » ou « rêve d’une vie ».

Pour la première fois cette année, j’avais décidé d’aborder les WSOP sous l’angle de « j’aimerais repartir avec les poches pleines » plutôt que « je veux un bracelet ». Je ne crois toutefois pas qu’il y ait un lien direct de cause à effet puisque cet état d’esprit n’a pas réellement influencé mon jeu.

Ce qui l’a influencé en revanche, c’est ma détermination à bien jouer chaque main de chaque tournoi, jour après jour et malgré les éliminations qui s’enchainaient : avant de prendre le bracelet, j’avais joué 17 tournois WSOP sans faire un seul ITM. Et pourtant étrangement, j’avais la foi en mon mental et en mon jeu : il n’y a pas beaucoup de coups que j’ai regrettés en me dirigeant vers la porte de sortie.

On me demande souvent quand est-ce que j’ai commencé à envisager le bracelet. Et j’ai du mal à me souvenir tant j’ai avancé en main par main : je voulais jouer calmement, prendre mon temps pour chaque décision et ne pas me projeter.

Mais je crois que j’ai réellement commencé à me dire que je pourrais être champion du monde quand Dwan a été éliminé puis surtout, quand nous sommes arrivés en heads-up et que j’ai compris qu’il s’agissait du point faible de Shawn Buchanan (déjà arrivé runner-up du 25k il y a deux ans). Le canadien est un excellent joueur, qui fait peu d’erreurs et qu’on a définitivement pas envie d’avoir pour adversaire à la table. Mais le tête-à-tête est son talon d’Achille : je lui ai volé un coup sur deux sans obtenir la moindre résistance (et j’ai touché sur les autres).

A quinze minutes de la fin, j’avais les yeux rivés sur le chrono : je voulais absolument l’achever avant que le Rio ne ferme ses portes à 4h du matin et être donc obligés de revenir le lendemain. Par deux fois, je le tenais à tapis avec la meilleure main, le tout avec un avantage en jetons énorme. Par deux fois il aurait dû sauter ; le coup le plus difficile à encaisser étant celui où il me relance en stud hilo avec JxJ quand j’ai un 5 en vitrine et QQ invisible en dessous.  Quand je vois sa main, j’exulte : c’est la meilleure config’ possible. Avant que ne tombe le valet tout de suite…

C’est le moment où je n’ai malgré tout rien lâché et surtout pas tilté. Je ne voulais rien regretter : il ne fallait surtout pas tomber dans le piège de vouloir gagner trop vite.

Mais ce qui m’a aussi énormément aidé, à ce moment et tout au long de la finale, c’est l’incroyable support du clan français, venu en renfort dans les gradins et qui a complètement mis le feu à cette TF ! Les supporters canadiens étaient du coup inexistants et je suis certain que ça a joué un rôle primordial dans ma victoire. Un immense merci donc à tous mes proches, amis et potes du circuit qui ont pris le temps de passer me soutenir : avec une pensée particulière pour les chants footeux de Nico qui m’ont bien fait sourire tout du long.

A 4h, quand la pendule s’est arrêtée et que le floor s’est approché avec les sacs pour emballer nos jetons, je ne savais plus où j’habitais. J’avais 6,3 millions et Shawn, 900k. Il était donc presque mort, avec une insistance totale sur le « presque », qui signifiait que le bracelet était presque gagné. J’ai immédiatement repensé à ElkY qui était revenu d’entre les morts avec un big bet left pour finalement ship le bracelet et j’en ai eu des frissons d’horreur. Pourvu que ça ne se passe pas comme ça !

Je voulais tellement ce bracelet, là, maintenant, tout de suite ! Mais il fallait attendre 11h. 11h de torture à la maison à tenter de penser à autre chose (raté). J’ai tout de même dormi 3h et quelques (le HORSE c’est épuisant ; dur de compter les cartes à chaque tour en stud/razz/stud hilo) avant de me réveiller dans un état proche de l’Ohio.

Toute la matinée (sous la douche, en m’habillant, en petit-déjeunant, en lisant mes mails, en conduisant au Rio…), j’étais en pilote automatique « je veux le bracelet, je ne lâcherais rien, je l’aurais, mais comment je vais gérer s’il m’échappe ! ». Une fois de plus, c’est mon entourage qui m’a fait du bien en me soutenant et me rassurant. J’étais préparé au pire et je ne m’attendais donc pas à ce que les choses se passent aussi facilement. Il ne m’aura fallu que quatre mains pour enfin remporter le titre ! Quatre mains que j’ai toutes gagnées et une dernière qui a valu au floor le titre de « biggest tournament director slowroll of the year ».

En effet, alors que Buchanan est enfin à tapis en Omaha avec une overpair contre paire/gutshot/tirage low chez moi, je touche une double paire à la river. Je lève aussitôt les bras au ciel en silence alors que simultanément, le floor annonce Buchanan gagnant de la main. Les français dans le rail ne pipent mot pendant trois secondes, je baisse immédiatement les yeux sur le board, et comprends que non, je n’ai pas rêvé, j’ai gagné !

Je hurle alors de joie et tout le monde comprend que c’est bon ! Quelle explosion ! Quel bonheur ! Enfin un bracelet ! Et pas n’importe lequel puisque si j’avais eu à choisir, outre le Main Event (of course), c’est ce tournoi que j’aurais voulu gagner ! Champion du monde de HORSE à Las Vegas !

C’est le moment où les mots ne suffisent pas à expliquer à quel point le bonheur est grand et le soulagement immense. Enfin, après toutes ces années, je peux accrocher la breloque à mon poignet. Non pas que j’ai furieusement envie de me balader avec un bijou bling bling or et diams sur moi, hein ! (d’ailleurs, je me demande bien ce que je vais en faire… L’offrir à mes parents qui le mettront ensuite au grenier ?)

J’ai alors revu en flashback tout le tournoi : les moments où je suis chip leader les premiers jours, les gros pots que je perds en fin de Day 2, ma priorité première à l’approche de la bulle : enfin faire un cash, puis le texto que j’envoie à Jules et Claire qui vient d’atterir « Je suis très short, on est à la bulle de la TF mais je risque vraiment de bust rapidement » et sa réponse : « Tiens bon ! Tu vas doubler, tu m’as promis d’être en finale quand j’arriverais, l’histoire n’en seras que plus belle ! », le moment où ensuite, comme par magie, je gagne quatre coups clés qui me propulsent chip leader, l’arrivée en finale, les joueurs qui sautent un à un, les chants et cris de soutien des amis dans les gradins, le heads-up… Tout ça pour ça : la joie et le soulagement que l’on ressent quand on obtient quelque chose que l’on veut vraiment.

Inutile donc de vous préciser qu’il s’agit du plus beau jour de ma carrière de joueur et que je souhaite à tout le monde d’un jour aussi réaliser un de leurs rêves professionnels. Moralité : il ne faut jamais baisser les bras et toujours s’accrocher : la chance peut alors enfin vous sourire !

Encore merci mille fois à tous pour votre incroyable soutien ; c’est presque encore plus beau que la victoire !

PS : Sur ce, j’ai évidemment un nouvel objectif : WSOP player of the year ! Donc attention, ce n’est pas parce que j’ai gagné un tournoi que je vais jouer les suivants à la légère : la bataille continue ! :)

PS2 : Voici quelques liens d’articles sympas : MadeInPoker (le coverage là ou l’article ici), Poker52, Poker Leaders, Coverage Winamax, WSOP.com, Webdopoker, Pokerworks et de vidéos : l’interview (MIP et Bluff)  la dernière main ici et la cérémonie là !

PS3 : Merci à Jules Pochy, Caroline Darcourt et Pokernews pour les photos souvenir :)

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WSOP : Ou comment ne pas se laisser abattre par un mauvais départ !

Huit tournois se sont écoulés déjà, huit events des WSOP, et je n’ai pas encore fait un seul cash. Si je voulais être plus précis, je dirais que je n’ai même pas encore fait de Day 2.

Les tournois auxquels j’ai participé pour l’instant n’étaient pas des gros events puisque le buy-in oscillait entre 1000$ et 2500$ (à l’exception d’un NLHE 5000$ duquel je me suis fait éliminé aprés 2 jolis set up en moins de 2 heures), ce qui signifie peu de jetons en début de tournoi et donc une obligation de prendre un bon départ afin de s’assurer une profondeur confortable. Je me suis donc appliqué sur mes débuts de tournois, mais pourtant je n’ai pas pu faire grand chose puisqu’à chaque fois, j’ai vécu deux heures de cauchemar où tous les coups que j’ai joué m’ont mené vers la même issue : celle de la porte de sortie du Rio.

Dur dur quand les tournois s'enchainent au même rythme que les bad beats et les set-up pendant la plus belle période poker de l'année... (là, je viens de me faire craquer les dames par J8 sur un board JT378)

La frustration générée est alors l’ennemi à combattre dans ces éliminations en série. Les WSOP, championnats du monde de poker, sont un marathon où chaque bon départ ne compte que si ces jetons arrivent à amener le joueur plus loin possible. Dans le cas contraire, il faut dès le lendemain se forcer à oublier les jetons que l’on a réussi à s’octroyer la veille et les bonnes décisions que l’on a alors prises à la table. Il faut recommencer inlassablement tout à zéro, avec 3000 ou 4500 jetons, sans paniquer, et en se disant qu’il faut s’accrocher et continuer à jouer chaque main au mieux.

Mais le démon de la frustration et de la colère liée à l’injustice des coups perdus n’est jamais loin. Lors de mes trois derniers tournois par exemple, j’ai perdu quatre coups décisifs avec les dames face à des mains inférieures. De même, quand je fais le bilan des coups perdus, je réalise que la grande majorité d’entre eux ont été face à des joueurs de faible niveau.

Et on en revient à la frustration : pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi ce mec au jeu basique et primitif réussit à deep run alors que je n’ai même pas tenu jusqu’au  diner break ? Pourquoi a-t-il gagné ce flip à tapis contre moi, ce qui lui a ensuite permis d’aller jusqu’en demi-finale ?

Les WSOP sont un véritable combat contre soi. Il faut tenir le coup, ne jamais baisser les bras et s’efforcer de toujours prendre la bonne décision, main par main. J’ai parfois commis des erreurs dans mon jeu mais en fin de journée, à chaque fois que je suis prématurément remonté dans ma voiture, je ne me suis jamais mordu les doigts sur un coup en particulier en me disant que j’avais fait une erreur qui m’avait coûté mon tournoi.

Et voilà la clé pour combattre la colère : la persévérance. Il faut tenir bon, ne rien lâcher et être persuadé d’être exactement là où on doit être. Je joue bien en ce moment, il faut bien jouer, c’est la base; j’ai donc particulièrement hâte de participer aux quelques magnifiques tournois à 10 000$ qui m’attendent (PLO, Main Event, 6 handed NLHE, Stud …). Je suis confiant en mon jeu et m’efforce donc de prendre chaque jour comme une nouvelle possibilité de gagne. Ensuite, advienne ce qu’il adviendra. Mais à l’heure du bilan, je n’ai qu’une certitude : je veux pas avoir à m’en vouloir et regretter d’avoir mal joué. Je veux mettre toutes les chances de mon côté et prenant au maximum de bonnes décisions et ensuite, laisser ce qu’il reste entre les bras de la chance.

Le meilleur moyen d'oublier : profiter de Vegas et de ses amis ! (ici, à la fête organisée par le seul frenchie à avoir jusqu'à présent sauvé l'honneur tricolore : mon pote Nicolas Levi, VGG !)

De plus, tout le reste va bien : je suis entouré de gens que j’apprécie et avec qui j’adore me changer les idées le soir à Vegas, que ce soit lors d’une soirée en boite ou dans un des excellents restos de la ville. Il m’arrive parfois de rentrer chez moi complètement abattu par une dure journée de poker mais de tout oublier en quelques heures après un petit verre de vin et un bon barbecue entre amis…  De même, j’ai commencé à prendre l’habitude de faire un peu de sport régulièrement et je fais très attention à mon alimentation. Avoir un bon environnement et être en forme est essentiel pour le joueur, surtout dans des périodes aussi chargées que celles-ci. Et dont l’enjeu est aussi important…

Je ferais donc tout ce que je peux pour faire le maximum de résultats ici à Vegas : vivement les prochains tournois!

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Monaco, San Remo et Madrid : trois tournois au soleil et une (demi)-perf !

Ce mois-ci aura été placé sous le signe de la Riviera et de la douceur de vivre. En effet, malgré un emploi du temps particulièrement chargé, j’ai quand même su trouver le temps de profiter de la Dolce Vita et d’un beau début d’été bien efficace pour recharger ses batteries…

Pourtant à Monte Carlo, je n’ai pas chômé… En effet, Everest Poker organisait son premier tournoi monégasque : « The One », un Main Event à 5 000 euros avec une belle structure deep, des beaux side events dont un high roller à 10 000 euros et, pour superviser tout ça, le concours précieux du meilleur directeur de tournoi au monde, Thomas Kremser. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour faire de ce tournoi un rendez-vous incontournable du circuit.

Ce sont plus de 220 joueurs qui ont répondus présents avec tous les meilleurs joueurs français, pas mal de « scandi » quelques joueurs US, comme Kevin Mc Phee, des italiens, Lic Boeree… Bref, du beau monde et un field des plus relevés avec au bout, un prizepool fort sympathique.

Le tableau aurait été idyllique si je n’avais pas vécu une journée de tournoi assez noire avec quelques bad beats et mauvais set up et surtout un timing bien pourri. Je serais donc rapidement éliminé du Main puis du High Roller le lendemain ; ce qui ne m’empêchera pas de quitter Monaco avec un large sourire.

Mention spéciale à l’équipe Everest qui se sera d’ailleurs offert un petit plaisir le jour de mon anniversaire : m’amener en public et en chanson un gros gâteau au chocolat à la table… Un gros moment de solitude qui a bien fait rire tout le monde, sauf moi, qui ait particulièrement horreur de ce genre de distinctions publiques. Et c’est justement ça qui les a fait rire ! (et moi aussi, je dois bien le reconnaitre).

Forte de son succès, l’expérience monégasque sera donc reconduite avec quelques améliorations notamment au niveau des side events qui seront plus nombreux et du Main Event dont la durée de jeu devrait passer de 3 à 4 voire 5 jours.

Après avoir loué une voiture, j’ai ensuite longé la Riviera de Monaco jusqu’à San Remo ; une route particulièrement belle au bord de la Méditerranée et qui donne l’impression d’être déjà en vacances. Sauf qu’au bout de la route m’attendait non pas une semaine de détente dans un hôtel chic mais la semaine de tournois de l’EPT de San Remo.

Un vrai rendez-vous incontournable dopé par un afflux d’italiens remontés à bloc (et qui ont une certaine tendance à balancer facilement leurs jetons). Sauf que cette année, et encore plus que la précédente, tout le monde s’est posé la même question : mais où était passés les italiens et leurs moves juteux ? Je n’en avais pas un seul à ma table et nous étions nombreux dans ce cas : les fishs avaient désertés le navire ! C’est donc d’un oeil blasé mais résolu que j’ai commencé à étudier ma table, composée exclusivement de vickings du nord et de bons joueurs…

Mais au final, cette fois encore et comme à Deauville ou Berlin, je me suis senti très bien à mes tables successives. Je ne sais pas si les pâtes au gorgonzola dévorées la veille ont eu sur moi un effet magique ou pas mais j’étais en pleine forme. J’ai passé trois jours à prendre des bonnes décisions, gagner des coups clés ou faire le bon move au bon moment, tout en passant entre les gouttes des set ups et autres bad beats. Bref, une fois de plus, j’ai eu le plaisir de voir mon nom dans le top du chip count deux jours de suite.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin : j’ai été éliminé en fin de Day 4, à la 48e position après avoir tenté un gros move qui n’est pas passé. En réalité, après mes jolies mais frustrantes places aux précédents EPT, je n’avais pas envie de laisser filer la table finale. Du coup, après quelques heures passées à jouer un jeu solide et efficace, je m’étais dit que j’allais appuyer désormais sur l’accélérateur et augmenter de façon significative mon degré d’agressivité à la table. Il faut dire que malgré les coups que j’avais précédemment joués, j’avais tout de même une bonne image à la table : je n’avais pas encore surrelancé avec des cartes médiocres qu’ils auraient pu voir.

Du coup, je décide, pour la première fois du tournoi, de 5 bet light à tapis le joueur le plus agressif de la table. Il est au cut off et moi dans les blinds : une configuration classique et parfaite. J’ai à ce moment K-10 en main et suffisamment de profondeur pour le faire passer sans problème. Alors que je pars à tapis, mon adversaire prend sa tête à deux mains ; il est en difficulté. Je pense alors avoir à faire à JJ, ou 1010 qu’il devrait logiquement pouvoir folder sans problème. Mais après quelques minutes de réflexion et après avoir pris une grande inspiration, il décide de payer avec QQ.

Je ne suis pas couvert et à l’issue de cette rencontre 30/70 que je vais forcément regretter (on regrette toujours les moves qui ne passent pas mais on se congratule de ceux qui passent…), il me reste encore un petit tapis de 200k qui disparaitra sur un banal flip quelques mains plus tard. Dommage, car si je double, je reviens bien dans la course…

Je serais donc finalement éliminé à la 48e place et c’est la tête pleine de regrets que j’irais chercher mon gain ; j’ai voulu gagner trop de jetons et trop vite. Grave erreur que d’être pressé de gagner … Ca me servira de leçon.

Hélas, ce n’est pas à l’EPT de Madrid que je vais pouvoir mettre la leçon en pratique… Je vais en effet sauter en fin de Day 1 après avoir eu toute la journée des jetons. Sauf que la dernière rencontre sera fatale : brelan de 3 contre backdoor pique contre le gagnant de l’EPT Berlin. J’aurais surement du raiser au turn à tapis pour protéger ma main mais quand je décide de le piéger,(il était over aggro) il n’a que 15% de chance de s’en sortir river. Et je sais qu’il va push de toute façon river ; j’ai donc fait le choix de le piéger pour tenter de gagner plus mais le piège s’est finalement retourné contre moi…

A l’heure du bilan, je reste évidemment un peu sur ma faim mais je compte bien faire un festin à Vegas dans les deux prochains mois ! Vivement les WSOP !

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Lost in Berlin (aux portes de la TF)

Au poker, il n’existe qu’une seule place qui ne génère pas de frustration : vainqueur. C’est donc le cœur lourd que je me suis levé de mon siège à la 11e place du Main Event de l’EPT Berlin. Juste avant la finale. Le pire étant que si je remporte le dernier coup, dans lequel je suis légèrement favori, je passe second en jetons et suis donc quasiment assuré de faire partie des huit heureux derniers :

Le joueur au bouton relance à 100 000 (blinds 25k/50k, ante 5k), la SB complète et moi aussi de BB, avec 4 et 5 de cœur et un tapis de 1,3M. Le flop vient : Kc 2c 3p. Il s’agit donc d’un excellent flop pour ma main avec un tirage quinte et couleur. La SB checke, je fais de même et le bouton c-bet pour 175k. La SB se contente de payer et je décide après une longue réflexion de relancer à 450k.

Le bouton décide de  payer cette grosse mise et c’est alors que la SB décide de partir à tapis, nous couvrant largement tous deux. Je paie, évidemment, et le bouton passe. Je découvre alors avec surprise que la SB s’était embusqué préflop avec AK…noirs. Avec 14 outs, je suis légèrement favori pour ce coup tout à fait décisif : le pot est énorme. Sauf que les cartes en décideront autrement : le turn et la river sont des blanks absolus et je suis éliminé aux portes de cette finale berlinoise…

Une fin brutale après cinq journées passées dans une relative zone de confort ; je me souviendrais de l'EPT Berlin comme d'un tournoi dans lequel je me suis senti vraiment bien... Dommage... (crédit photo Neil Stoddart)

« In poker, you’re always one flip away from victory». J’ai donc encaissé mon chèque en tentant de voir le bon côté des choses : une fois de plus, je suis très satisfait du poker que j’ai joué les jours précédents et, parce qu’il faut aussi remettre les choses dans leur contexte, j’ai tout de même remporté l’équivalent d’une année de (bon) salaire en quelques jours… Ce serait donc indécent de ma part d’être furieux ou triste.

Mais bon… Il reste toujours difficile de digérer une élimination, surtout quand on est aussi près de la victoire. J’avais plutôt bien figuré à Prague (64e) et Deauville (19e) mais jamais je n’avais été aussi près de décrocher le gros lot. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Car des prochains EPT, il va en avoir beaucoup ; ce sont des tournois auxquels je participe toujours avec enthousiasme du fait de leur structure et de leur organisation… Vivement donc San Remo et Madrid et cette fois, la table finale ne m’échappera pas !

En attendant, et histoire de passer à autre chose, j’ai été découvrir la ville de Berlin au travers d’un tour alternatif mais organisé (fait suffisamment rare pour être mentionné) qui a conduit notre petit groupe hors des sentiers battus et au fil d’incroyables squats d’artistes (qui malheureusement ferment peu à peu, la faute au prix de l’immobilier qui ne cesse de croitre) et autres repères underground dont la ville est si riche.

Une des nombreuses oeuvres de street art qui jalonnent les murs de la ville

C’est donc dans un esprit de continuité que, quelques heures après mon élimination, j’ai testé le fameux « Berghain », élu meilleur nightclub au monde par différents magazines spécialisé et qui, après visite, mérite vraiment sa couronne. Je n’avais jamais vu un endroit aussi hallucinant de part son architecture (une sorte d’immense ex-usine façon cathédrale érigée sous période communiste) et la qualité du son qui y rêgne (puissant et prenant)… La sélection à l’entrée est super hardcore et à la tête du client : déjà, vous êtes sappés avec élégance, vous n’entrez pas… C’est juste selon l’humeur des  adorables videurs à l’entrée : un mec avec la gueule variolée et la coupe de cheveux d’un nazi, un sinistre gros barbu tatoué et piercé en pantalon moulant/doc martens et une sorte d’alien monstrueux de 2 mètres de haut, à la tête et aux sourcils rasé… . Pour résumer, j’ai eu bien plus peur à l’entrée de cette boite qu’à aucun moment dans le tournoi ! (lol)

Pour en revenir à cet EPT, j’ai passé deux jours de poker comme on voudrait en passer plus souvent.. Quand je me sens en forme (bien dormi, bien mangé, sport la veille, pas de stress causé par des soucis extérieurs), je m’amuse beaucoup à une table. J’aime être l’élément actif et jouer mes coups à l’endroit puis à l’envers, puis à l’endroit… de façon à ce que mes adversaires n’aient jamais la moindre idée de ce que j’ai en main. Quand il m’arrive de montrer mon jeu, certains me regardent comme si j’avais perdu la tête : « Mais comment a-t-il pu jouer ce coup comme ça ? » Sauf que la tête, je ne la perds jamais (ou presque) et que généralement, j’amène mes adversaires où je veux.

Après, ce n’est plus qu’une question de chance et il est évident qu’on ne termine pas énorme chip leader du Day 2 sans en avoir eu une bonne dose : en clair, je n’ai pas eu de set up défavorable, je n’ai pas perdu de coups préflop dans lesquels j’étais favori, j’ai gagné quelques flips importants, j’ai remporté un coup énorme dans lequel un mec m’envoie son tapis quand j’ai les nuts (merci !) et été globalement inspiré pour me sortir des coups qui ne sentaient pas bon ou rester dans ceux que mon instinct me dictait.

C’est ainsi que j’ai mis en tilt un joueur à ma table lors du premier jour, en payant une grosse 3eme mise à la river dans un énorme pot sur un flop 67810V avec A6 en main seulement…

La troisième journée a été beaucoup plus difficile : la faute à la table TV. Je n’y peux rien, je déteste ça : il fait chaud, je déteste montrer la façon dont je peux jouer ou les mains que je choisis préflop de jouer, je ne supporte pas les caméras pointées sur toi et le fait que les adversaires jouent différemment (beaucoup plus agressivement : beaucoup pensent qu’il vaut mieux sauter sur un bluff raté que de prendre le risque de se faire bluffer, question de fierté…).

Surtout que cette fois, nous ne pouvions pas porter nos logos : nous n’avions donc rien à gagner et tout à perdre à être devant les caméras ! J’ai donc passé ma journée à râler, passant très probablement pour un énorme emmerdeur auprès de la production. De plus, nous pensions qu’ils changeraient de table après le diner break, ce qui ne fut pas le cas… Ca a donc été une journée particulièrement détestable dans laquelle j’avais l’impression que mes bras et mon cerveau étaient fauchés ; j’ai en effet commis quelques erreurs que je n’aurais jamais faites si on m’avait laissé tranquille dans mon coin… Bref, à oublier.

Le Casino se trouvait à courte distance d'un magnifique et imposant monument en hommage des victimes de la seconde guerre mondiale ; pas très gai mais primordial pour la mémoire collective.

A l’heure du bilan, je dirais que je suis tout de même satisfait d’avoir été si loin mais je compte bien pour les prochains tournois ne pas passer à côté de la finale ! (enfin j’espère…) Surtout s’il s’agit du « The One », le prochain tournoi sur mon agenda, un évènement avec 1 millions garantis, le tout sous le ciel bleu de Monte Carlo… J’ai hâte !

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